| Lettre Ouverte : Pour développer de NOUVELLES
FORMES D'ENSEIGNEMENT basées sur INTERNET et le MULTIMEDIA à
l'UNIVERSITÉ L'utilisation d'Internet dans l'enseignement universitaire est l'affaire de pionniers. Les expérimentations et les idées sont nombreuses et variées. Il serait dommage que des moyens soient mobilisés sur des voies inadaptées à notre contexte universitaire, nos étudiants, nos moyens. Certaines institutions en ont déjà fait les frais. Le danger est de stériliser les esprits innovateurs et de décevoir les publics par rapport aux promesses annoncées. Il y a donc un enjeu et il s'agit ici de réfléchir à des façons de travailler ensemble au développement de nouvelles formes d'enseignement basées sur Internet et le multimédia. Des questions, des besoins Nous, concepteurs, producteurs, animateurs d'expériences pédagogiques utilisant Internet et le multimédia avons plusieurs fois été sollicités ces derniers mois pour exprimer nos besoins. N'attendez pas ici une liste d'outils mais plutôt une liste de services parce qu'enseigner est avant tout une affaire de personnes. Nous pensons en effet qu'il est nécessaire de développer un réseau de services, complétant l'initiative NTE, afin de répondre aux questions et aux besoins suivants : Conseils
pédagogiques Un lieu
d'échanges virtuels et réels Assurer
le suivi des projets Formations
et informations Conseils
techniques Soutien
matériel et logistique Des idées fausses Pour commencer cette réflexion, il y a deux positions qui nous semblent devoir être examinées avec un esprit critique car toutes deux nous semblent dommageables au développement de l'enseignement sur Internet. Première position: Considérer que le savoir peut être structuré indépendamment de ses auteurs, de ses destinataires et du contexte. Les enseignants seraient des "producteurs de contenu". Dans cette optique, on peut se contenter de stocker ce savoir dans des bases de données. Enseigner consiste alors à interroger les moteurs de recherche. Le principal impact des TICE serait ainsi de proposer aux étudiants des mises en formes attractives et commerciales de l'accès aux savoirs. Cette conception fait totalement abstraction du travail d'élaboration d'une séquence pédagogique par l'enseignant et des processus d'appropriation des connaissances par l'étudiant. Les projets TICE retenus dans ce contexte seraient ceux qui offrent des interfaces commercialement séduisantes et qui mobilisent généralement des coûts et des efforts très élevés pour des résultats dont l'impact reste à démontrer. Le risque encouru est la désaffection des étudiants et des enseignants, compréhensible vu la pauvreté pédagogique de tels projets. Deuxième position: Considérer que c'est la simple multiplication d'expériences locales ou individuelles qui débouchera sur des solutions d'intérêt collectif pour l'université. Les enseignants seraient des "imitateurs". On croit ici que les expériences innovantes réussies sont fondées uniquement sur l'intuition d'individus inspirés et sur leurs tâtonnements empiriques. On ne se donne pas les moyens d'en évaluer les résultats. L'hypothèse sous-jacente est que les critères de satisfaction (implicites ou explicites) d'un groupe d'enseignants et d'étudiants, ou d'une discipline, sont forcement pertinents à l'échelle de toute l'université, sans qu'un travail d'approfondissement et de conceptualisation soit requis. Cette conception ignore les étapes essentielles du processus expérimental : conceptualiser une problématique, établir une méthodologie expérimentale et faire une analyse critique des résultats. Ces étapes sont pourtant nécessaires à la validation d'une expérience par la communauté et à sa généralisation. Elle réduit le travail de l'enseignant à la répétition à l'identique d'expériences réalisées par ses collègues dans des conditions singulières. Elle mobilise des coûts et des efforts dont les fruits ne sont pas capitalisés, en définitive, au bénéfice de la communauté. Elle peut générer des déceptions et des défections chez les enseignants dont le travail n'est pas reconnu et valorisé. De l'université, nous attendons un engagement 1. L'université
doit promouvoir la capitalisation d'une intelligence collective. Elle
doit se doter d'un lieu-ressources pédagogiques. Les projets encouragés
seront ceux qui s'inscrivent dans une problématique pédagogique
conceptualisée et ceux qui proposent un parcours pédagogique
cohérent pour l'étudiant.
Muriel Ney - Mai 2002 - Université Lyon 1 Vos critiques, remarques, témoignages enrichiront ce texte, écrivez-moi: ney@biomserv.univ-lyon1.fr |