L'AIPU
20 ans de Recherches et d'Actions Pédagogiques,
Bilan et perspectives

Université Cadi Ayyad - Marrakech
3 - 7 Mai 2004


Une analyse du congrès*


LES PREMISSES DE LA REFONDATION
DE L'UNIVERSITÉ DU TROISIÈME MILLÉNAIRE


par Roger Nifle
Institut d'Humanisme Méthodologique
rnifle@coherences.com


* Analyse du Sens et de la cohérence des situations, méthode de l'Humanisme Méthodologique


1) Les circonstances

Au départ c'est un long itinéraire qui a mené là, un cheminement de plus de 20 ans. Pour le professeur Jean Marie De Ketele, ce cheminement devrait aller de préoccupations immédiates vers des analyses plus fondamentales, de la description d'expériences vers une approche plus explicative. Constat ou souhait pour l'avenir? Sans doute une longue quête, ponctuée de tant d'enquêtes, quelquefois épuisante ou chaotique demandait de faire le point, de se poser un moment, de se re-poser. Bilan et perspectives voilà le thème.

Le lieu en fut Marrakech l'université Cadi Ayyad. Un pays à l'accueil remarquable propice à une telle halte, une telle étape, une belle étape. Ce pays on y rencontre ce qui peut apparaître comme dénuement mais aussi une étonnante richesse humaine et culturelle, désert et sagesse. Il s'est doté il y a peu d'une Charte Nationale d'Education et de Formation. C'est un grand chantier de rénovation, de changement sinon de refondation qui l'anime maintenant. Ce dynamisme était perceptible tant dans l'organisation que la participation à ce congrès sur lequel ce n'est pas resté sans influence.

2) Une ambiance de remise en question fondamentale

Comment allait tourner ce congrès? Allait-il s'enliser dans les sables de quelque désertion de la pensée comme on pourrait le craindre avec 220 intervenants et plus de 500 participants? Où du désert si proche, un vent de simplicité et de sagesse allait-il souffler sur les congressistes?

Dans ce lieu et ce moment privilégiés c'est d'une remise en question de l'enseignant et de l'enseignement qu'il s'est au fond agi.
- remise en cause pédagogique radicale
- remise en cause des métiers, rôles et compétences d'enseignant
- remise en cause épistémologique des disciplines et leurs relations
- remise en cause des finalités et des objectifs
- remise en cause des cadres institutionnels classiques et leurs périmètres avec Internet, les TIC ou le LMD

Encore cependant rarement avouée, cette ascèse de la remise en question était présente derrière un grand nombre d'interventions.

En définitive commence à se dessiner un retour aux sources, aux fondements de la vocation des universités et leur enseignement.

- D'abord l'ouverture à de plus larges publics tant pour inspirer les enseignements primaires et secondaires que pour s'ouvrir à la formation tout au long de la vie, formation permanente, formation du troisième âge. L'enseignement universitaire ne doit plus se cantonner à la production de diplômés du supérieur.

- Ensuite la finalité. "La formation de l'être" comme l'a dit un intervenant. Au fond n'est-ce pas faire grandir l'homme en sagesse et en maîtrise responsable des affaires humaines qui constitue son véritable Sens.C'est là la vocation de l'enseignement comme de l'enseignant et des institutions.

- Enfin les modalités de cette vocation se déclinent au travers des situations et enjeux de l'existence dans le monde actuel et futur et doivent prendre en compte les buts et aspirations qui vont la légitimer.

3) Les bases d'un recommencement

Déjà toute une panoplie d'expériences, de propositions, de réflexions, de pratiques préfigurent une refondation en train de germer. En marge des systèmes en place ou bien dans différentes configurations interuniversitaires ou encore au coeur même des institutions d'enseignement comme au Maroc, de nombreux matériaux sont disponibles pour jeter les bases d'une nouvelle conception de l'enseignement universitaire et ses pratiques.

La fidélité aux héritages doit s'accomoder d'une mutation profonde du monde actuel et oser les recommencements que cela appelle.

4) Le développement d'un projet refondateur

De là un redéploiement à envisager. Multiples chantiers, multiples publics, multiples coopérations, il y faut une certaine organisation. Mais ne serait-ce pas le rôle de l'AIPU que d'entreprendre cette édification. L'association ne pourrait-elle pas organiser de ces chantiers, coordonner différentes initiatives ou coopérations, favoriser l'émergence de communautés de projets? Une sorte d'"open source" de l'université de demain.

Devenant un foyer d'édification de l'université du troisième millénaire, l'AIPU se ferait ainsi comme l'école de l'université de demain. Une école née du bilan de Marrakech et qui pourrait en constituer la perspective pour les 1000 ans qui viennent.